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Plantes médicinales : liste, vertus et bons usages

Les plantes médicinales ont un vrai potentiel, à condition de les choisir avec méthode. Kelly Colonges, docteure en biologie des plantes et herboriste, explique comment elles agissent, quelles formes choisir et quelles précautions ne jamais oublier.

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Plantes médicinales fraîches et flacons compte-gouttes de gemmothérapie posés sur une table en bois
  • Melisande

    Melisande

    Fondatrice de Reflet 🫶

    Publié le  
    16.10.2026
    Modifié le  
    01.11.2026

Tisane du soir, gouttes de bourgeons, gélules achetées en pharmacie : les plantes médicinales font partie du quotidien de beaucoup d'entre nous. Mais entre les conseils de ta voisine, les vidéos virales et les protocoles trouvés en ligne, difficile de savoir ce qui marche vraiment, et surtout ce qui est sans risque. Pour y voir clair, on a posé toutes nos questions à Kelly Colonges, docteure en biologie des plantes, herboriste et fondatrice de La Réserve de l'Écureuil, une marque de compléments qu'elle fabrique à partir de plantes cueillies dans les Alpes de Haute-Provence.

Son message tient en une phrase : les plantes ont un énorme potentiel, mais on ne les prend jamais à la légère.

Qu'est-ce qu'une plante médicinale ?

Une plante médicinale, c'est une plante dont une ou plusieurs parties (fleurs, feuilles, racines, bourgeons) contiennent des principes actifs capables d'agir sur notre organisme. Pendant des millénaires, c'était même la seule médecine disponible : avant la chimie et les médicaments, on se soignait avec les plantes.

Kelly rappelle un point qu'on oublie souvent : les plantes ne fabriquent pas ces molécules pour nous soigner. Elles les produisent pour survivre. Une plante ne peut pas se déplacer : si elle est en plein soleil, elle ne peut pas aller se mettre à l'ombre. Elle fabrique donc des composés pour se protéger du soleil, se défendre contre les insectes ou attirer les pollinisateurs. C'est ce potentiel-là qu'on récupère.

Comment sait-on qu'une plante a un effet ?

À l'œil nu, impossible de le deviner. « Si on se balade dans la forêt, on ne va pas pouvoir se dire : celle-là, elle est orange, donc elle est anxiolytique », sourit Kelly. Deux approches se complètent :

  • L'usage traditionnel : la façon dont les plantes ont été utilisées pendant des siècles, transmise et documentée. C'est la base de l'herboristerie.
  • L'analyse biochimique : on broie la plante, on extrait ses principes actifs, puis on les compare à des molécules dont l'action est connue. Cette discipline s'appelle la pharmacognosie, et c'est la même démarche que celle qui sert à concevoir des médicaments.

De plus en plus d'études scientifiques viennent aujourd'hui valider des usages traditionnels. Cela ne signifie pas que chaque plante a fait ses preuves pour chaque usage : le niveau de preuve varie beaucoup d'une plante à l'autre.

Les différentes formes de plantes médicinales

La même plante peut se prendre sous des formes très différentes, qu'on appelle des formes galéniques. Elles n'extraient pas les mêmes principes actifs, et elles ne relèvent pas toutes de la même réglementation.

FormeCe que c'estStatut en FranceBon à savoir
TisaneInfusion ou décoction de plantes séchéesHerboristerieLa forme la plus douce et la plus accessible
GemmothérapieBourgeons et jeunes pousses macérés dans de l'eau, de l'alcool et de la glycérineComplément alimentaireExtraction large, moins d'alcool qu'une alcoolature
AlcoolaturePlante entière ou partie de plante macérée dans l'alcool (équivalent des teintures mères)Complément alimentaireLe degré d'alcool varie selon les actifs recherchés
GélulePoudre ou extrait sec de planteComplément alimentaire (ou médicament à base de plantes)Dosage pratique, mais la taille de la gélule limite les quantités
Baume, crème, macérât huileuxPlante appliquée sur la peauCosmétiquePas les mêmes règles ni les mêmes risques qu'une prise par voie orale

La gemmothérapie a été mise au point dans les années 1950 par le Dr Pol Henry. Kelly reste fidèle à sa recette d'origine (eau, alcool et glycérine), là où certains fabricants remplacent la glycérine par du miel : la glycérine a en plus l'avantage d'être vegan. Un bourgeon est très fragile, et sa fenêtre de cueillette ne dure parfois que quelques jours : Kelly part en randonnée avec ses pots déjà remplis de solvant, pour que les bourgeons y soient plongés immédiatement.

Un complément alimentaire n'est donc pas forcément une gélule. Kelly le résume simplement : c'est un produit avec un dosage précis à prendre sur la journée, qu'il s'agisse de deux gélules, de 30 gouttes ou de deux cuillères doseuses. En France, chaque complément doit être déclaré auprès de la DGCCRF avant sa mise sur le marché, et chaque nouvelle association de plantes demande une nouvelle déclaration. Pour certains principes actifs plus délicats, les autorités demandent aussi les résultats de dosage.

Liste de plantes médicinales et leurs usages traditionnels

Voici les plantes dont Kelly parle le plus souvent au comptoir de son herboristerie. Les usages cités sont des usages traditionnels : ils ne remplacent ni un diagnostic, ni un traitement. Et une plante qui fonctionne pour une femme ne fonctionnera pas forcément pour sa voisine.

Pour le stress et le sommeil

Ce sont, de loin, les sujets qui reviennent le plus au comptoir. Avant de conseiller, Kelly pose des questions : as-tu du mal à t'endormir, ou te réveilles-tu la nuit ? Pour l'endormissement, on se tourne plutôt vers des plantes dites anxiolytiques, qui calment le système nerveux. Pour les réveils nocturnes, vers des plantes dites hypnotiques, qui favorisent un sommeil plus profond.

  • Le bourgeon de tilleul (gemmothérapie), que Kelly appelle « le bourgeon du sommeil » : sédatif et antispasmodique du système nerveux. Le conseil général : une quinzaine de gouttes dans un fond d'eau, environ une heure avant le coucher, car chez certaines personnes il donne un petit regain d'énergie avant d'apaiser. Pas avant 3 ans ni pendant la grossesse.
  • Le pavot de Californie (alcoolature), son best-seller : à la fois anxiolytique et hypnotique. Il se prend le soir uniquement, autour de 30 gouttes, car il peut provoquer de la somnolence. Il contient des alcaloïdes : on respecte strictement les doses.

On détaille tout dans notre article sur les plantes pour dormir.

Pour la digestion

C'est l'histoire personnelle de Kelly. Pendant sa thèse, en pleine période de Covid et de stress intense, on lui diagnostique un syndrome de l'intestin irritable. La seule proposition : des antidouleurs et des anti-reflux à vie. À 26 ans, elle refuse de s'y résoudre, s'inscrit en école d'herboristerie et trouve ses propres solutions, en complément de son suivi médical.

  • Le bourgeon de figuier : traditionnellement indiqué pour les troubles qui relient le stress, le système nerveux et la digestion. Kelly le prend encore au quotidien.
  • Le bourgeon de noyer : traditionnellement utilisé pour aider à rééquilibrer la flore intestinale, souvent malmenée après des mois de troubles digestifs.

Selon Kelly, ces deux bourgeons font partie des plantes plutôt sûres, sans contre-indication particulière. Des troubles digestifs qui durent méritent toutefois toujours un bilan médical avant de te tourner vers les plantes.

Pour le cycle et la santé féminine

  • Le bourgeon de framboisier : l'une des plus grosses ventes de Kelly sur la santé féminine. Il est traditionnellement utilisé pour réguler le cycle et apaiser les douleurs de règles, et il est souvent cité dans le SOPK (SMOP). Il a aussi un effet dit utérotonique, utilisé traditionnellement après l'accouchement : il est donc déconseillé pendant la grossesse.
  • La sauge et le houblon : les classiques de la ménopause et des bouffées de chaleur. Ils contiennent des phytoestrogènes et sont contre-indiqués en cas d'antécédent de cancer hormonodépendant. On t'explique tout dans notre article sur les phytoestrogènes.
  • Le basilic sacré (tulsi) associé au mélilot : le protocole sans phytohormones que Kelly a construit pour les femmes qui ne peuvent pas en prendre. Le tulsi est adaptogène, le mélilot est connu pour son action sur les bouffées de chaleur. Le mélilot demande une vigilance en cas d'anticoagulant.
  • Le bourgeon de pommier : il donne de bons résultats sur les bouffées de chaleur, mais par précaution, il est contre-indiqué dans les situations hormonodépendantes. On ne sait pas encore s'il contient des phytohormones, mais il semble se comporter de la même manière.

Pour aller plus loin sur la ménopause, lis notre article sur les plantes contre les bouffées de chaleur.

La plante qui demande le plus de vigilance

Le millepertuis, traditionnellement utilisé pour l'humeur, est l'une des seules plantes citées sur la notice de certains médicaments. Il accélère un mécanisme du foie qui dégrade les médicaments, qui deviennent alors moins efficaces. C'est notamment le cas de la pilule. On lui consacre un article complet : millepertuis, bienfaits et interactions.

Les plantes de cette liste ne conviennent pas à tout le monde. Grossesse, allaitement, enfants, traitement en cours, antécédent de cancer : dans tous ces cas, demande l'avis d'un professionnel de santé avant d'en prendre.

Les plantes médicinales, c'est sans risque ?

C'est probablement le message le plus important de l'épisode : non. « On a l'habitude de dire que parce que c'est naturel, c'est sans danger. Finalement, il y a pas mal de plantes qui ont des contre-indications ou qui peuvent interagir avec des médicaments », insiste Kelly.

L'Anses va dans le même sens. Dans un avis publié pour mieux informer les consommatrices, l'agence rappelle que les compléments à base de plantes ne sont pas sans risques, et elle a listé les précautions, contre-indications et interactions possibles pour 118 plantes médicinales.

Les principaux risques à connaître :

  • Les contre-indications : les plantes à phytoestrogènes ne conviennent pas en cas d'antécédent de cancer hormonodépendant ou de maladie hormonale.
  • Les interactions avec les médicaments : le millepertuis en est l'exemple le plus connu, mais pas le seul. Lis notre article sur les plantes médicinales et les médicaments.
  • Le dosage : certaines plantes, comme le pavot de Californie, contiennent des composés qui deviennent toxiques à forte dose.
  • Les situations particulières : grossesse, allaitement et enfants de moins de 3 ans, notamment pour les extraits qui contiennent de l'alcool.
  • Les protocoles trouvés en ligne : Kelly voit arriver au comptoir des protocoles issus de sites internet ou d'une IA, parfois complètement aberrants et potentiellement dangereux.

Kelly ajoute une règle d'or : ne remplace jamais un médicament par une plante, et méfie-toi de toute personne qui te le conseille. Plantes et médicaments ne s'opposent pas : bien utilisés, ils peuvent se compléter. Kelly travaille d'ailleurs avec une pharmacienne et une maison de santé.

Comment bien choisir un complément à base de plantes

Se faire conseiller, toujours

« On ne choisit pas un extrait de plantes tout seul », répond Kelly sans hésiter. Chaque plante a ses spécificités, et un bon conseil commence par des questions. Pour un problème de sommeil, par exemple, elle demande d'abord ton niveau de stress sur une échelle de 1 à 10 : souvent, le « pas trop stressée » se transforme en 7 ou 8.

Face à un protocole trouvé en ligne, son réflexe est toujours le même : demander d'où vient la recommandation, puis reprendre les choses ensemble.

Regarder les labels, sans en faire une garantie

Plusieurs labels peuvent t'aider : Agriculture biologique, Nature & Progrès, ou l'appartenance au Syndicat des Simples pour les petits producteurs. Mais attention : le bio garantit surtout la traçabilité et le mode de culture, pas la teneur en principes actifs. Un produit bio n'est pas forcément plus efficace. Kelly conseille de privilégier les petits producteurs, et encore mieux s'ils sont labellisés.

Faire confiance à ses sens

C'est l'astuce la plus étonnante de Kelly : goûte une goutte de ton extrait pure, sans eau. Beaucoup de principes actifs sont aussi aromatiques. Une gemmothérapie de framboisier fraîchement préparée a le goût du fruit. Si tous les flacons d'une marque ont à peu près le même goût, c'est parfois le signe d'une transformation qui a altéré les actifs (congélation, long délai entre la récolte et la mise en macération).

Privilégier la fraîcheur et la rigueur de fabrication

Pour la gemmothérapie, la fenêtre de cueillette d'un bourgeon ne dure parfois que quelques jours, et chaque heure compte entre la cueillette et la macération. La rigueur du laboratoire compte aussi : Kelly a gardé ses réflexes de chercheuse, avec une pièce à l'abri de la lumière pour les macérations et des pipettes de laboratoire précises au centième de millilitre. Ce niveau d'exigence n'est pas toujours visible sur l'étiquette, mais tu peux poser la question au producteur.

Qui peut te conseiller sur les plantes ?

Ton pharmacien, ton médecin ou une herboristerie dont l'équipe est formée aux contre-indications et aux interactions médicamenteuses. Kelly ne travaille d'ailleurs qu'avec ce type d'herboristeries. Elle ne vend pas encore ses extraits en magasin bio : elle prépare d'abord des synergies plus simples à conseiller par des équipes moins formées. Un bon indicateur de l'importance du conseil.

Découvre l'épisode avec Kelly Colonges

Dans son épisode Reflet 100% Naturel, Kelly raconte comment elle est passée d'une thèse sur les arômes du cacao à la cueillette sauvage dans les Alpes de Haute-Provence, et partage ses conseils pour le sommeil, le cycle et la ménopause.

Pour aller plus loin, retrouve nos contenus sur le cycle et sur la ménopause.

Ce qu'on retient

  • Une plante médicinale contient des principes actifs : son efficacité repose sur l'usage traditionnel, de plus en plus validé par la science.
  • Tisane, gemmothérapie, alcoolature ou gélule : la forme change les actifs extraits et la réglementation.
  • Tilleul et pavot de Californie pour le sommeil, figuier et noyer pour la digestion, framboisier pour le cycle : chaque plante a ses indications et ses précautions.
  • Naturel ne veut pas dire sans risque : contre-indications, interactions et dosages comptent.
  • On ne choisit pas une plante seule, et on ne remplace jamais un médicament par une plante.

FAQ

Quelles sont les plantes médicinales les plus utilisées ?

Parmi les plus courantes en herboristerie : le tilleul et le pavot de Californie pour le sommeil, le figuier et le noyer pour la digestion, le framboisier pour le cycle, la sauge pour la ménopause et le millepertuis pour l'humeur. Chacune a ses précautions d'emploi.

Les plantes médicinales sont-elles sans danger ?

Non. Certaines plantes ont des contre-indications (grossesse, antécédent de cancer hormonodépendant) ou interagissent avec des médicaments. Demande conseil à un professionnel de santé avant d'en prendre.

Un complément alimentaire à base de plantes, c'est forcément une gélule ?

Non. Un complément alimentaire se définit par un dosage journalier précis. Il peut prendre la forme de gouttes, de gélules ou de poudre.

Le bio est-il un gage d'efficacité ?

Pas à lui seul. Le label bio garantit le mode de culture et la traçabilité, pas la quantité de principes actifs dans le produit final.

Peut-on remplacer un médicament par une plante ?

Non. N'arrête jamais un traitement pour le remplacer par une plante sans l'avis de ton médecin. Plantes et médicaments peuvent en revanche se compléter, avec un accompagnement.

Les informations de cet article sont données à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. Kelly Colonges est docteure en biologie des plantes et herboriste ; elle n'est pas professionnelle de santé. Avant toute prise de plantes, en particulier en cas de grossesse, d'allaitement, de traitement en cours ou d'antécédent médical, demande conseil à ton médecin ou à ton pharmacien.

En bref

Les plantes médicinales sont-elles sans danger ?

Non. Naturel ne veut pas dire sans risque : certaines plantes ont des contre-indications ou interagissent avec des médicaments, comme le millepertuis avec la pilule. Demande toujours conseil à un professionnel de santé ou à une herboriste formée avant d'en prendre.

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